Pour que la France se redresse : remettre les familles au coeur de l'action publique
contribution publiée le 15 décembre 2025
Les Français ont moins d’enfants, mais on continue de traiter la natalité comme un sujet secondaire. De l’État aux communes, il est pourtant urgent de revoir nos priorités. Sans un investissement solide en faveur des familles à tous les niveaux, c’est l’avenir même de notre pays qui vacille : aucune politique ne tiendra durablement - ni celle de notre protection sociale, ni celle de l’aménagement durable de nos territoires.
En mai dernier, chacun découvrait la bascule historique de notre pays vers un solde naturel négatif. Une évidence s’impose désormais : la France se vide de ses enfants. Et comme le rappelait le général de Gaulle, « s’il est acquis que le peuple français ne se multiplie plus, alors la France ne peut plus rien être qu’une grande lumière qui s’éteint ». Jamais cette mise en garde n’a semblé aussi actuelle.
Pourtant, les Français n’ont pas renoncé à la famille. Ils continuent de désirer des enfants, souvent davantage qu’ils n’en ont. Mais entre le souhait et la réalité, l’écart se creuse. On peut multiplier les annonces nationales, et le nouveau congé de naissance – qui va dans la bonne direction – n’y changera quasiment rien si le quotidien des parents ne s’améliore pas aussi concrètement. Et ce quotidien, ce sont d’abord nos communes qui le dessinent. C’est à leur échelle que se mesure la possibilité réelle d’accueillir un enfant : trouver une place en crèche, un logement abordable, un environnement sûr.
La natalité est devenue l’enjeu central de la vitalité de nos territoires
L’étude IFOP menée par Dynamiques Familiales et publiée sur le Salon des Maires le confirme : 55 % des parents estiment que les politiques locales influencent directement la natalité, et ce chiffre grimpe à 72 % chez ceux qui envisagent un enfant de plus. Alors comment expliquer que, lors du Congrès des maires, ce sujet vital ait été quasiment absent des débats ? Comment comprendre que notre avenir démographique ne soit pas au cœur de nos échanges, alors même qu’il impacte durablement nos écoles, notre croissance, notre cohésion, notre capacité à transmettre ? Ne pas parler de politique familiale, c’est ne pas parler de ceux qui incarnent notre avenir.
La natalité est devenue l’enjeu central de la vitalité de nos territoires. Car, si elle recule, tout recule avec elle. Le sociologue Raymond Debord le rappelle : « le coût du déclin serait incomparablement plus élevé » que l’investissement dans les familles. Et pourtant, nous avançons trop lentement. Le congé de naissance n’entrera en vigueur qu’en 2027. D’ici là, combien de familles auront renoncé ? Combien de places de crèches auront fermé ? Combien de communes perdront encore un peu de leur dynamisme faute d’avoir compris que la démographie est un défi pour aujourd’hui, pas pour demain ?
Cette lenteur est d’autant plus incompréhensible que, dans le même temps, le débat public se concentre sur la réforme des retraites. Or chacun sait que la soutenabilité de notre système, basé sur la solidarité intergénérationnelle, repose sur deux piliers : le travail et le renouvellement des générations. Réformer les retraites sans remettre la natalité au premier plan, c’est vouloir consolider un édifice en oubliant ses fondations.
La politique familiale doit devenir une grille de lecture de l’action publique, y compris locale
En parallèle des politiques nationales de soutien aux familles, chaque maire peut détenir aussi une partie de la solution et envoyer un message symbolique qu’il envoie aux familles de sa commune. Les familles représentent encore 55 % de la population, 78 % d’entre elles iront voter, et 70 % affirment que les propositions pour les familles orienteront leur choix. Les ignorer, ce serait surtout refuser de voir que ce sont elles qui portent l’avenir de nos territoires et de notre Nation.
Il ne s’agit pas de demander aux communes de dépenser plus : elles n’en ont pas les moyens. D’ailleurs le transfert de compétence de l’Etat pour l’accueil du jeune enfant depuis le 1ᵉʳ janvier 2025 n’a pas été accompagné des ressources nécessaires. Il s’agit d’autre chose, de beaucoup plus fondamental : acquérir un réflexe “familles” dans toutes les politiques publiques locales. Penser à l’enfant qui naît. À celui qui pourrait naître. À la famille qui voudrait s’agrandir mais ne le peut pas. C’est dans cette cohérence globale que réside la clé du redressement démographique. La politique familiale ne doit plus être un « bloc » séparé : elle doit devenir une grille de lecture de l’action publique, y compris locale.
Pour réussir, notre politique familiale doit conjuguer la force de la proximité et la cohérence de l’action nationale : faire confiance aux territoires, leur donner les moyens d’agir, et garantir à chaque famille, partout en France, les conditions nécessaires pour accueillir et élever leurs enfants dignement.
La natalité n’est pas une courbe statistique mais un choix collectif, et un devoir politique. Celui de refuser que la France devienne « une grande lumière qui s’éteint ».
Thibault Bazin,
député de Meurthe-et-Moselle,
rapporteur général de la commission des Affaires sociales,
membre fondateur de Dynamiques Familiales